La bienveillance… en overdose

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C’est LE mot à la mode, le mot de la rentrée, celui auquel on ne peut échapper pour peu qu’on possède une radio, une télé ou une connexion internet, voire les trois à la fois. Bienveillance au travail, bienveillance à l’école, en famille, à la salle de gym, dans les transports, au supermarché, soyez bienveillants nous rabâche t-on !

OK très bien. Mais sérieusement, qu’est-ce que ça a de nouveau ?
A t-on réellement un jour prôné d’être détestable avec son collègue de bureau, préconisé d’être tyrannique avec son enfant, nuisible à son conjoint ? Encore heureux que le monde tourne suffisamment bien pour recommander la bienveillance plutôt que son contraire.
Il me semble donc que pour avancer sur le sujet ou du moins être un tantinet instructif, il serait plus judicieux d’en rappeler la définition.

Car non, laisser son enfant faire des loopings en trottinette dans le rayon fruits et légumes parce-que-vous-comprenez-il-a-été-enfermé-toute-la-journée-avec-la-pluie, n’a rien avoir avec la bienveillance.
Non le laisser exprimer son génie créatif sur les rideaux du salon ou la banquette du restaurant ne signifie pas être à l’écoute de ses émotions.
Ni lui éviter toute frustration qui engendrerait la grosse-colère-toute-rouge-roulé-boulé-sur-le-trottoir, ni l’empêcher d’être triste, déçu ou contrarié.
Ni lire une 24 ème histoire sur un ton exaspéré parce-qu’on-avait-dit-qu’après-la-deuxième-c’était-fini-maintenant-on-dort.
Pas plus que de le laisser jouer avec les couteaux de cuisine parce-que-c’est-par-l’expérience-qu’on-apprend ou le laisser déterrer les plantes de l’entrée parce-que-c’est-de-son-âge.

La bienveillance relève d’un savoir-être, pas d’un laisser-faire.

Être bienveillant, c’est respecter le monde de l’autre qui peut être bien différent du nôtre, c’est accepter de se « connecter » à sa vision de la situation pour mieux comprendre ses ressentis, dans le respect de soi et du cadre le moment venu.
C’est l’entourer d’amour et de compréhension pour qu’il se sente capable de faire face à toute situation aussi inconfortable soit-elle.

Préférer passer outre les règles de politesse et de savoir-vivre plutôt que de prendre le temps de discuter d’une alternative, d’apprendre à trouver des solutions ou à gérer ses émotions ne relève pas d’une éducation bienveillante. C’est le règne de l’enfant-roi et du parent-fatigué.

Être bienveillant c’est accepter qu’il puisse y avoir une autre lecture de la situation, être à même de comprendre un raisonnement différent du sien et accorder le temps nécessaire aux apprentissages afin de ne pas renier ce qui compte pour autant.
C’est apprendre à dire ce qu’on a à dire de manière respectueuse pour son enfant, en tenant compte de son âge, son univers, ses capacités, ses émotions, son stade de développement.

Et si pour être capable de tout cela, être « nerveusement en état » cela revient d’abord à prendre soin de soi et bien soit, quoi de mieux pour s’exercer à la bienveillance que de s’entraîner sur soi-même. Prendre soin de soi, c’est se mettre dans les meilleures conditions possibles pour accueillir les émotions de l’autre, c’est faire le plein de patience et de tolérance.

Bien entendu qu’à travers mes ateliers et l’accompagnement parental que je réalise, je revendique la bienveillance. Ses bienfaits dans la communication, le cerveau, le lien parent-enfant et la gestion des conflits. A condition quelle soit comprise et utilisée à bon escient. Car si je suis convaincue que « bienveillance bien prodiguée commence par soi-même », ne pas arriver à être bienveillant parce qu’on qu’on a 9h de boulot dans les pattes, qu’on a abîmé le rétro de la voiture et patienter des heure à la caisse du supermarché, ne signifie pas pour autant que l’on est « malveillant » (avec risque de nuir gravement au développement de son enfant grâce à la copine culpabilité qui ne tarde jamais à montrer le bout de son nez).
L’important c’est d’être suffisamment à l’écoute de soi et de ses besoins pour le ressentir et de le dire : « Ce soir bienveillance en panne, cherche pièce de rechange pour remise en état dès que possible ».

Et c’est fou ce que nos enfants apprennent de notre droit à ne pas toujours aller bien, de nos moments de faiblesse qui ne nous retire rien et comme ils peuvent déborder d’imagination pour nous faire repartir du bon pied tant ils sont fiers de se sentir utile et de pouvoir aider…

 

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