« Plus je lui dis de se dépêcher, plus il prend son temps » YOUPI, il s’autorégule !

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Certes, il se joue dans ces moments où nos nerfs sont mis à rude épreuve, avec le profond sentiment que l’enfant ne-fait-ça-rien-que-pour-nous-faire-enrager, une lutte de pouvoir pour dominer la situation. Mais si face à notre agitation grandissante, à notre puissance vocale qui s’intensifie et à notre tête toute rouge cheveux hirsutes, l’enfant est capable de rester « zen » – en tout cas assez pour faire ce qu’on lui demande à deux à l’heure – c’est qu’il a su développer une magnifique qualité : l’autorégulation.

Beaucoup d’adultes n’ont pas cette capacité, ce don de rester calme alors que la tempête fait rage tout autour. Nos fameux neurones-miroirs ont en effet tendance à nous transformer en boule de nerfs dès lors que quelqu’un commence à sortir de ses gonds à côté de nous. D’où l’expression « le stress est contagieux ». Alors l’autorégulation, c’est quoi exactement ? Que se joue t-il à ce moment-là dans notre cerveau ?

En cas de stress, notre système nerveux dit « sympathique » va permettre la sécrétion d’adrénaline, afin de donner l’énergie nécessaire aux réactions naturelles de notre corps (augmentation du rythme cardiaque, de la tension artérielle, activation de la sueur, …). En parallèle, notre système nerveux « parasympathique » va jouer le rôle de modérateur pour que ce surcroît d’activité tout à coup ressenti ne vienne pas gêner la réalisation d’autres actions (naturelles comme la digestion, le maintien de la température ou volontaires comme l’attention ou l’apprentissage). L’enfant capable de faire ce qu’il a à faire alors que nous sommes une boule de stress face à lui arrive donc à activer son système parasympathique, sans se laisser déborder par ses propres émotions.

Le Dr Catherine Gueguen précise que ces connaissances ont permis de voir combien le fait de ne pas consoler un enfant « rend le système sympathique hyperactif » et combien consoler un enfant « active le système parasympathique » *. Voyez ainsi ce qui se joue dans le cerveau et le corps du tout-petit lorsque de génération en génération se perpétuent des croyances du type « un bébé ça a besoin de pleurer, si tu commences à le prendre dans les bras tout le temps t’as pas fini », « c’est pas lui qui va commander à son âge quand même, ça lui apprend la vie de pleurer », « laisse le pleurer il finira bien par s’épuiser, tu vas être son esclave sinon ».

Enfin, le cerveau – chez les petits comme chez les grands – a trois grandes réactions naturelles face au stress : la lutte (revanche), la fuite ou la sidération (inhibition). Ce qui signifie que face à une situation stressante comme le conflit, nous adoptons soit une attitude de repli (je suis paralysée, je n’ose plus rien faire), d’évitement (la prochaine fois je ne me ferai pas prendre) ou de contre-attaque (je saurai me venger). Lorsque nous « échappons » à ces trois comportements, c’est que nous avons su tenir le cap et ne pas nous laisser submerger.

Il est important par ailleurs de saisir la différence entre capacité d’autorégulation et conformité.

Il peut être fort agréable de voir un enfant garder son calme même dans un environnement bruyant et agité, le voir gentiment enfiler ses chaussures à la première demande émise et s’asseoir à table simplement parce qu’on a dit que c’était l’heure de manger. Ces réactions « automatiques » – tout à fait appréciables – signifient que l’enfant a su intégrer suffisamment les règles de fonctionnement (de l’école, d’une journée, …) pour se conformer à ce que l’on attend de lui à tel ou tel moment, de gré ou de force. La deuxième option n’étant pas à négliger car ses répercussions sur d’autres sujets sont réelles. Pour autant, cela ne garantit pas qu’il ait su développer dans son cerveau des capacités à maîtriser ses émotions et ses réactions face au stress, lui permettant d’agir de façon appropriée quelle que soit la situation.

Pour en revenir au sujet, l’intérêt de changer de regard sur le comportement de nos enfants – le fondement même de l’approche pédagogique que je transmets à travers les ateliers de Discipline Positive – est qu’au moment de considérer que l’on a en face de soi un modèle de l’esprit de contradiction, un sale caractère qui trouve toujours le moyen de nous rendre chèvre, un ennemi sans cesse contre nous, on peut tout à coup se dire qu’on a surtout devant soi :

  • un enfant qui, par définition, n’a pas les mêmes priorités que nous, ni la même notion du temps
  • un enfant qui tente de se protéger du stress qui l’entoure pour rester pleinement maître de lui-même et de la situation
  • un enfant qui cherche à sentir qu’il est plus important que les 10 min qu’il reste avant qu’on soit en retard à notre réunion
  • un enfant qui développe son autonomie et renforce sa volonté d’agir plutôt que de subir
  • un enfant qui développe une qualité essentielle pour toute sa vie : l’autorégulation.

Et cet enfant plein de qualités, c’est nous qu’on l’a fait…

*Pour une enfance heureuse, repenser l’éducation à la lumière de dernières découvertes sur le cerveau du Dr Catherine Gueguen, Ed. Pocket

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