« L’éducation sans punition » : besoin de précision…

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Lors de mes présentations sur la Discipline Positive, je suis souvent interpellée par des parents « mal à l’aise » avec cette idée de ne plus punir son enfant lorsqu’il s’est comporté de manière inappropriée voire carrément inacceptable.

Entendons-nous bien, à travers la question de la « non-punition » il n’a jamais été question de « laisser passer » un comportement en contradiction avec nos principes, nos valeurs, les règles familiales et/ou sociétales.

Certains courants de « parentalité positive » ont pu porter ces dernières années un discours assez confusant sur la punition, insistant sur l’importance de ne pas punir pour rester dans la communication, l’explication, quand ce n’est pas carrément le « laisser faire » qui a été prôné afin de respecter le développement de l’enfant et son intégration progressive des règles. Je le répète souvent, sans lassitude : la permissivité n’a rien à voir avec la bienveillance.

En Discipline Positive aussi, on revendique une éducation sans punition et cela ne signifie AUCUNEMENT qu’il est recommandé de ne rien dire et de ne pas agir. On parle simplement de repenser sa réaction et d’envisager d’autres options que la punition.

Cela mérite de s’arrêter un instant sur ce que l’on entend par « punition ». A travers l’acte de « punir » se retrouve la notion de « faire payer » l’enfant pour ce qu’il a fait/dit et n’aurait pas dû faire/dire. Il y a la volonté qu’il comprenne ce que son comportement a eu de « mauvais » ; alors on touche à ce qu’il aime, à ce qui lui fait plaisir, pour tenter d’imprimer en lui les conséquences désagréables de ses actes. Derrière la punition, il y a ce choix que l’enfant se sente mal à son tour, de rendre coup pour coup – sans parler des claques, douches froides et autres méthodes punitives qui relèvent du champ des violences éducatives ordinaires en faisant régner la loi du plus fort, de la douleur physique et de l’humiliation. Or on sait aujourd’hui avec le développement des neurosciences affectives que – même si le comportement qui nous dérange cesse plus ou moins instantanément sous l’effet de la punition – les réactions de base de l’être humain face à cette « méthode » sont : la rébellion, le ressentiment, le retrait et la revanche. C’est là que nous sommes bien loin de ce que l’on souhaite transmettre par une éducation positive et bienveillante à savoir le sens des responsabilités, le respect de soi et des autres, l’empathie, la coopération, …

Mais là encore, cela ne signifie pas qu’il va falloir préserver notre petit ange de toute expérience désagréable et continuer de le protéger quoi qu’il fasse en prenant soin de lui dire sur un ton mièvre « Ce n’est pas bien ça mon chéri, il ne faut pas faire ça hein. Promis, tu ne le referas plus mon petit coeur? » ou encore de proposer un bonbon en échange que ça ne se reproduise plus ! Ce qu’on va rechercher, c’est ce qui pourrait aider l’enfant à comprendre ce qui nous dérange dans cette attitude et en quoi ce n’est pas tolérable, en s’intéressant à lui, à ce qu’il pense de la situation et à ce qu’il ressent afin de comprendre, de notre côté, ce qui l’a amené à avoir ce comportement. C’est là que se place l’enjeu de la communication, pas en plein jardin public pour expliquer, à 3 ans, en quoi ce n’est vraiment pas bien de jouer avec le robinet, qu’il y a plein d’enfants dans le monde qui n’ont pas accès à l’eau et que c’est vilain de gaspiller en arrosant sa petite camarade, que pour la peine il n’y aura pas de gâteau au chocolat ce soir. Là où, en soi, on ne voit pas très bien le rapport avec la petite qui n’a rien demandé et se retrouve trempée dehors en plein mois de janvier.

Car la punition a souvent cette caractéristique de se centrer sur la personne « fautive », ses goûts, ses plaisirs, ses passions, afin de « toucher là où ça fait mal » plutôt que de prendre en compte la personne qui a subi un préjudice.  Lorsque la pyramide de clémentines s’effondre en se répandant sur le carrelage du supermarché et que la réaction première est d’interdire l’utilisation de la console le we prochain, on peut se demander en quoi cela va permettre de remettre tous les fruits à leur place et empêcher la petite mamie près des yaourts de rouler dessus.

En Discipline Positive, on va ainsi plutôt s’interroger (en fonction de ce que l’on a pu saisir du raisonnement de l’enfant et de ce qui l’a poussé à (ré)agir de cette manière) sur la ou les compétences socio-émotionnelles qui ne sont pas encore assez développées en lui et ont pu engendrer un comportement inapproprié. Est-ce un souci de respect ? De courage ? D’entraide ? De confiance en lui ? Un manque d’humour ? De souplesse ? L’objectif est d’y travailler afin que, de lui-même il ait l’envie de faire autrement la prochaine fois. Cela peut nécessiter parfois de « décoder » ce que l’enfant souhaitait obtenir ou provoquer par son comportement, qui devient alors la stratégie utilisée, à tort, pour satisfaire un de ses besoins.

Enfin, on va chercher avec l’enfant, les solutions qui peuvent lui permettre de « réparer » ce qu’il a fait – surtout si des personnes ont pu être dérangées, blessées, peinées – en prenant le parti que d’apprendre à « réparer ses erreurs » est une grande qualité. On peut aussi, une fois la tempête passée, se mettre d’accord en amont sur des lignes de conduite à respecter, à défaut et en toute connaissance de cause, certains privilèges pourraient être retirés.

Ce que l’on entend par une « éducation sans punition », c’est faire le choix d’une méthode qui favorise le lien et s’appuie sur ce qui peut aider l’enfant à « mieux agir à l’avenir » plutôt que sur ce qui peut le blesser en réponse à ce qu’il a déjà fait. Une méthode efficace sur le long terme, au sens où ce qu’elle vise en priorité n’est pas l’arrêt immédiat du comportement problématique mais d’agir sur la source de ce comportement : Que tentait de faire l’enfant en faisant cela ? Qu’espérait-il ? Que pensait-il et que ressentait-il ? Que croyait-il ? Cela ne retire en rien le caractère inacceptable de certaines actions mais peut donner une vision beaucoup plus large de la situation et nous éclairer, en tant qu’adulte, sur ce qui permettrait d’empêcher que cela se reproduise.

Car la punition a aussi cela de particulier : elle peut s’avérer très efficace sur le coup… sans réussir à éliminer définitivement le souci. Il n’est pas rare en effet que l’enfant privé de Playstation pendant 3 semaines ou de goûter d’anniversaire, reproduise malgré tout ce qui avait conduit à ces privations, attibuant à la punition un effet d’assez court terme. Tout simplement parce que l’enfant considère justement qu’il a « payé » pour ce qu’il a fait, qu’il est quitte désormais, compteurs à zéro. Comme ce qui a été « traité » est son comportement, qu’il a cessé et pour lequel il en a payé les conséquences, la cause de ce comportement peut très bien être tout aussi vive en lui qu’auparavant.

C’est à ce niveau là qu’il est question de respecter le stade de développement de l’enfant, son cerveau complètement mature à seulement 25 ans et de considérer que notre rôle de parent est aussi de l’aider à comprendre ce qui se joue parfois inconsciemment en lui, le poids de ses émotions face à des situations vécues comme pénibles, injustes, ennuyeuses, désagréables, insupportables, … Et qui peuvent l’amener à avoir telle ou telle réaction.

 

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