Et si on parlait moins ?

people-2583946_1920J’aurais également pu appeler cet article « l’art d’en rajouter ou comment quelques mots en trop peuvent tout changer ».

Certains parents s’exaspèrent parfois que leur enfant parle tout le temps, parle trop même en dormant. Si nous avons en tant qu’adultes une maîtrise plus affinée du silence et des moments où il fait bon se taire, nous avons par ailleurs une fâcheuse tendance à terminer nos phrases par des commentaires peu utiles, sauf à créer des tensions. Qu’est-ce qui nous pousse, au moment où l’enfant revient de lui-même, chercher son manteau sentant les premières gouttes de pluie, à formuler un « ah ben tu vois que tu as besoin de ton manteau, je t’avais dit qu’il y avait de gros nuages noirs » plutôt qu’un « bravo pour ton réflexe » ou « merci de faire attention à ne pas tomber malade » ?
Voire de ne rien dire du tout, fièr(e) que notre progéniture se responsabilise et acquière de l’autonomie ?

De quoi avons-nous besoin au moment d’ajouter « monte si tu veux… mais de toute façon tu vas tomber. Ça va faire comme à chaque fois, tu vas monter, tu vas glisser, tu vas te faire mal et tu vas pleurer » ?
Quelle chance laissons-nous à l’enfant de réussir ou de s’améliorer ? Est-il condamné à l’échec à perpétuité ?
« D’accord je te le prête mais je sais comment tu es, à chaque fois ça crée des disputes avec ton frère ».
« Tes affaires sont encore par terre ! Tu vois que ça ne sert à rien quand je te parle »

Toutes ces petites phrases (qui reconnaissons-le sortent toutes seules quand nos nerfs sont titillés…) sont bien plus l’expression de nos émotions que des solutions.
Or l’enfant a surtout besoin de savoir quoi faire, comment (mieux) faire, pas forcément de ressasser ses ratés ou ses faiblesses.

L’idée n’est pas de retenir nos phrases et de réfléchir à tout ce qu’on dit (quoique) mais plutôt de prendre conscience de l’effet induit par ces « rajouts » et de s’interroger sur leur sens comme leur utilité.
Petit jeu de rôle : que peut penser, ressentir et décider l’enfant qui entend nos plaintes, nos doutes et notre agacement en bout de phrase ?
Indice : imaginez votre ressenti lorsque votre tendre moitié ou votre boss répond à votre demande en se plaignant de vous, commente vos décisions et vos actions en revenant une énième fois sur ce que vous avez mal fait auparavant, etc.

Si parmi les idées qui vous viennent se trouvent :

  • l’envie de fermer vos oreilles et de vous en aller
  • l’envie de riposter, de vous défendre et de râler
  • l’envie de faire tout le contraire juste pour embêter (soyons polis) la personne en face de vous

Vous chauffez.

Pour autant, ces petites phrases « bonus » soulagent… Parce qu’à un moment trop c’est trop, qu’on est fatigué de répéter, de réparer, de perdre du temps, de recommencer.
Tout cela est bien légitime. Il n’est pas question de minimiser, de serrer encore plus les dents et de s’épuiser.
Peut-être simplement de s’écouter, de sentir au moment où ces phrases nous viennent que nous avons surtout besoin de prendre soin de nous, de recharger les batteries et notre stock de patience pour être – émotionnellement et nerveusement – disponible.

Sur le podium des petits mots de trop, on retrouve notamment les « tu vois que j’avais raison » et les « je te l’avais dit » :
« Montre-moi où tu as mal. C’est ton genou qui saigne. Tu vois je t’avais dit qu’il ne fallait pas sauter. Tu ne m’écoutes pas. »
« J’avais raison. T’en as encore mis partout avec le lait »
« Je te l’avais dit que tu allais avoir trop chaud »

Et si nous arrêtions nos phrases à nos observations et nos solutions ?
« Ton verre s’est renversé, ça coule. Qu’est-ce que tu peux aller chercher pour arranger ça ? »
« Est-ce que tu veux un câlin pour sécher les larmes ? Est-ce que tu veux que je t’aide pour monter ? »
« Merci de ranger les crayons qui sont par terre »
« Trouvez une solution ton frère et toi pour y jouer tous les deux et après je vous le prête »
L’humour n’est d’ailleurs pas en option pour les ados à la maison : « Combien de pattes a une assiette ? Zéro ? Ah bon mais comment va t-elle atteindre le lave-vaisselle alors ? « 

Et si nous économisions du temps, de l’énergie et des chouinements ?
Parce que si l’on a mal, on a besoin d’un câlin pour se consoler et d’un pansement pour se soigner.
Parce que si on a chaud, on apprend à connaître son corps, comment s’habiller et quoi faire dans ces cas-là.
Parce que si on laisse traîner ses affaires, on a besoin d’apprendre à ranger et d’aider à la maison.
Parce que si on renverse un verre, on a besoin de s’entraîner ou de trouver où le poser sans risque.
Parce que si on tombe tout le temps du toboggan, on a besoin d’aide et d’encouragement avant de se lancer en toute sécurité.

Parce que si l’on a envie d’en rajouter pour faire comprendre combien on en a marre et on est fatigué, on a besoin d’une apéro-thérapie entre copines, de faire garder les enfants une soirée pour s’accorder un resto à 2, une balade seul(e), de prendre un bain, de rouler musique à fond, d’aller au sport, …

Faites-vous du bien, parlez moins.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s