Et les limites dans tout ça ?

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C’est l’une des grandes appréhensions des parents envers l’éducation dite « positive et bienveillante », l’un des grands malentendus aussi : si tout à coup je me mets à écouter les besoins de mon enfant, si je laisse la place à ses émotions, dans quoi est-ce que je m’embarque ? Où sont les limites ?

Au premier plan.
Elles structurent, rassurent, soutiennent, protègent.
Sans limites, l’enfant ne peut pas se construire en sécurité.
Si on ne sait pas où se trouve la limite, comment agir sereinement sans crainte de la franchir et d’être réprimandé ? Imaginez un terrain de sport aux lignes invisibles… Comment avancer, marquer des points en évitant cartons et coups de sifflet ?

Grandir sans limites claires et distinctes, ce n’est pas la liberté d’épanouissement, le respect du rythme naturel de l’enfant ; c’est la mise en place d’un monde sans repères, sans balises, où l’enfant erre entre les notions de « bien » et de « mal » ne sachant pas ce qu’il doit faire et ce qu’on attend de lui.
Savoir-être dans un cadre déterminé, ce n’est pas « se plier au moule d’une société codifiée », c’est développer sa capacité d’adaptation pour être confiant, à l’aise et rassuré dans tout un éventail de situations au quotidien et au fil des années.

Pour résumer, l’absence de limite n’a rien de bienveillant.

L’essor des neurosciences affectives ces quinze dernières années et la révolution de pensée issue des découvertes sur le cerveau (de l’enfant notamment) ont tant remis en question le modèle d’autorité verticale – reposant essentiellement sur un mécanisme de soumission – que l’on a eu tendance dans un premier temps à penser le contraire. Plusieurs courants de parentalité revendiquant « bienveillance » et « respect de l’enfant » ont ainsi prôné au plus ou moins ouvertement un modèle éducatif radicalement opposé. Le nom de Maria Montessori est notamment cité à tout-va en guise de justification ; c’est souvent oublier ses recherches et travaux démontrant le besoin d’ordre, de structuration et de méthodes pour le bon développement psychique de l’enfant.

Cela a notamment eu pour effet de générer bon nombre d’enfants-roi, totalement inadaptés aux règles du vivre ensemble, incapables de gérer la frustration, de faire preuve de résilience face à la déception. Difficultés dont ils sont eux-mêmes les premières victimes.
La Suède, pays précurseur en matière d’éducation et de politique familiale, en fait depuis quelques temps la triste expérience. En 2014 à Stockholm, un café décidait d’interdire l’entrée de son établissement aux enfants, las de les entendre hurler, grimper et courir partout au milieu des clients. Le souci est d’avoir confondu pendant des années le besoin et l’envie, l’importance d’écouter les enfants et l’obligation de satisfaire le moindre de leur désir.

Le cadre définit l’espace dans lequel l’enfant se sent libre d’agir et de s’exprimer sans peur de mal faire, de se mettre en danger, d’être jugé ou dévalorisé. Il sait ce qu’on attend de lui, tentera parfois de s’y frotter, de tester la résistance des cordes aux frontières voire de les escalader. Mais il le fera en connaissance de cause, en sachant très bien qu’il franchit la ligne autorisée avec le risque de devoir s’expliquer.

La bienveillance se trouve dans la manière de poser le cadre et ses limites, de s’assurer qu’elles sont respectées et de réagir lorsqu’elles seront éprouvées (elles le seront … tout est normal).

L’intérêt des limites au sein même de la maison est par ailleurs de pouvoir intégrer dans une sphère privée et protégée les règles du savoir-être en société, afin de s’y adapter ensuite sans trop de difficulté.
Poser les limites, c’est aussi définir le socle des valeurs familiales partagées, se respecter en tant qu’adulte au-delà des choses qui se font ou ne se font pas, en prenant le temps de (re)connaître notre seuil de patience et de tolérance. Le but est de définir clairement en amont ce qu’on se sent capable d’accepter voire de supporter, avant de hurler et d’y laisser nos nerfs au détriment de nos enfants et de ce qu’on tente de leur transmettre.

La Discipline Positive (DP) propose des clés théoriques et pratiques pour allier fermeté et bienveillance au quotidien, dans nos réactions et nos décisions, en prenant l’analogie de la respiration où inspiration et expiration ne peuvent exister l’une sans l’autre si l’on souhaite que le cœur fonctionne. La DP propose notamment de co-construire le cadre avec l’enfant, dans le respect des besoins de chacun, en donnant du sens à aux règles de vie en famille, à l’extérieur, à l’école, …
Il s’agit de laisser aux enfants comme aux adultes la possibilités d’exprimer leurs souhaits et leurs désaccords pour trouver ensemble des solutions acceptables par tous et pour tous, sans compromission.

On touche ici une autre suspicion.

A l’interrogation sur la présence des limites s’associe souvent en effet la crainte d’une confusion des rôles au sein de la famille : si chacun, enfant et parent, compte « à part égale », comment conserver sa place d’adulte et son autorité ?
C’est alors penser qu’ « égaux » signifie « semblables » :  4+3 est bien égal à 5+2 pourtant 2, 3, 4 et 5 sont bien des chiffres distincts.
Enfant et parent sont égaux au sens où les joies, les peurs, les peines, les problèmes, les interrogations, les difficultés n’ont rien de proportionnel à la taille.
Être à l’écoute des besoins et des émotions de son enfant, c’est tout simplement lui accorder toute la considération que l’on aimerait recevoir lorsqu’on tente d’exprimer ce qu’on ressent à un(e) ami(e), un(e) collègue, son conjoint. Notamment lorsqu’on ne va pas très bien, que quelque chose nous pose problème et qu’on aurait besoin de réconfort. Cela ne signifie pas que l’enfant doit prendre la première place ou compte plus.

L’empathie se situe dans le fait d’écouter attentivement ce que l’enfant exprime (et à parfois du mal à exprimer), de se mettre à sa place pour comprendre sa vision du monde et de la situation, d’accéder à son raisonnement pour l’aider en répondant de manière précise à ce qui le touche.

La différence avec l’adulte, ce qui fait que nous ne sommes pas « pareils » à nos enfants pour autant, repose dans le degré d’apprentissage et d’acquisition de compétences : en tant qu’adulte, nous sommes censés avoir eu le temps d’intégrer ce que l’on attend de nous dans telle ou telle situation, ce qui se fait ou non pour le respect des personnes autour de nous, être capable de maîtriser nos réactions, de savoir prendre du recul afin de trouver des solutions. Censés n’est-ce pas ? Bon nombre d’adultes ont en effet du mal à tenir cette posture faute bien souvent d’y avoir été préparé dans l’enfance. Comment nos enfants et ados en construction en seraient-ils déjà là ?

De là s’impose le besoin de poser des limites, d’expliquer le cadre. De s’y tenir et de savoir aussi y déroger exceptionnellement si nécessaire. Parce que la vie n’est pas linéaire, parce que des tas d’éléments rentrent en jeu à chaque instant et rendent d’autant plus complexes et subtiles notre appréhension d’une situation.
En tant qu’adulte, parents, grands-parents, éducateurs, nous sommes les garants des repères qui permettent à l’enfant de grandir en confiance, protégé. De s’épanouir en étant libre de définir qui il est, sans crainte de souffrir adulte lorsque les contraintes seront trop pénibles à supporter.

Les limites participent au bonheur d’être un enfant, à l’insouciance de se laisser guider sans devoir réfléchir à chaque instant à ce qu’il convient de faire.
Elles se réfléchissent, se testent, se rectifient, se peaufinent.
Elles nécessitent d’être respectueuses et aidantes pour contribuer de manière utile au bon développement de l’enfant.
Certains sont plus ou moins à l’aise dans leur définition et leur application, pour autant une chose est sûre, les limites font partie intégrante de la bienveillance.

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