En matière d’éducation, la magie n’existe pas

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J’ai l’impression, à travers mes derniers articles, de ne pas sembler très enthousiaste mais je ne peux m’empêcher d’être horripilée (restons polie) par ce que je vois passer (notamment sur Facebook) à propos des trucs et astuces « révolutionnaires » qu’apporte l’éducation positive.

Ce matin encore, une publicité (d’un site très actif en la matière) prônait « la magie de l’écoute active » auprès de nos enfants. Autant être très claire, en matière d’éducation, la magie n’existe pas. Pas plus que les licornes, les élixirs, les potions et j’en passe.
A faire croire cela, pas étonnant de lire des articles sur le burn-out parental, la culpabilisation des parents ou les promesses mensongères de ces « nouvelles façons de penser l’éducation ».

Selon le degré de fatigue et de confiance en soi de celui qui lit ce genre d’annonces, on risque en effet deux choses :

  • provoquer une réaction de rejet face à des affirmations dépourvues de sens (c’est encore un moindre mal)
  • ou donner au parent qui tente de s’améliorer un sentiment d’échec, d’incapacité à obtenir le résultat escompté en augmentant son degré de culpabilité.

Cela vaut pour la vidéo intitulée « Comment se faire obéir sans crier » : CA NE MARCHE PAS. Pas comme ça. Pourquoi ? Tout est dans le titre pourtant si accrocheur.
L’obéissance est en soi un mécanisme qui fait appel à la soumission d’une part et à la résistance – face à cette soumission – d’autre part. Donc à partir du moment où l’objectif recherché est l’obéissance, il y a fort à parier qu’à un moment où l’autre ça passera par des cris entre celui qui veut soumettre et celui qui s’y oppose.

C’est comme « l’astuce » de poser une question au lieu d’user de l’ordre et de l’injonction. OUI poser une question fonctionne et instaure un autre type de relation… A condition qu’il s’agisse VRAIMENT d’une question. Le « ? » placé en fin de phrase ne suffit pas à faire la différence.
Poser une VRAIE question, c’est se montrer curieux de la réponse et être prêt à accepter qu’elle ne soit pas celle à laquelle vous vous attendiez.

Si « Que dois-tu mettre avant de sortir ? » en lieu et place de « Mets ton manteau » à pour simple but de faire comme il est écrit à la page 22 du manuel en espérant que Choupinou se montrera plus coopératif au moment d’y aller parce que vous êtes déjà en retard à votre rendez-vous, il y a en effet des risques que ça ne fonctionne pas. Voire que vous perdiez encore plus de temps à garder péniblement votre sang-froid en répétant la question, alors qu’aider Choupinou à enfiler directement son manteau aurait été simple, rapide et efficace.

L’intérêt de la question est d’impliquer l’enfant dans l’action qu’on lui demande, dans la décision qu’il va prendre pour lui-même et des conséquences que ça aura pour LUI. Parce qu’il se sent considéré, parce qu’on le met à contribution, l’enfant n’a plus pour réflexe premier de résister et de s’affirmer.
L’idée est la même que de ressentir, en tant qu’adulte, la différence entre « Je veux ce dossier sur mon bureau d’ici 2h », « Ce dossier sur mon bureau dans 2h c’est possible ? » et « De combien de temps pensez-vous avoir besoin pour boucler ce dossier ? ». Demandez-vous quel genre de boss vous avez envie d’écouter et lequel vous donne envie de vous y mettre immédiatement.

Si de manière générale, ce qui est recherché ou attendu avec les méthodes d’éducation « positive » est de gagner en temps et en efficacité parce que votre emploi du temps est suffisamment compliqué comme cela et qu’il serait plus pratique que votre progéniture vous obéisse en moins de 2 min plutôt que de vous épuiser à gérer les crises, autant gagner réellement du temps : inutile d’essayer, ça ne marchera pas.

Pour les plus téméraires, essayer avec ce type d’objectif en tête peut avoir deux principales conséquences, culpabiliser toujours plus en se disant que même « ça » [l’éducation positive], on n’y arrive pas, quitte à frôler le burn-out parental ou valider l’hypothèse que tout ça n’est que foutaise, blabla de magazine féminin sans fondement. Cela vaut également pour ceux et celles qui se mettent en quête du « parent parfait », qui se doit de tout faire au mieux à la maison, au bureau, entre amis, etc. Je vous rassure de suite, j’ai beau travailler en ateliers parents l’intérêt de la question – comme cité en exemple plus haut – montrer ce que cela peut changer, les effets bénéfiques que cela peut avoir sur l’ensemble de la famille, si la seule phrase qui vous vient sur le coup au moment de sortir est « Mets ton manteau » et que vous n’avez ni le temps ni la patience de faire autrement à cet instant, Choupinou n’en grandira pas moins bien. Vous n’aurez en aucun cas perturbé son développement psycho-émotionnel ou autre. Détendons-nous.

C’est toutefois le moment de souligner, par ces exemples, à quel point l’INTENTION que nous portons à nos choix, à nos actes, prend tout son sens et son importance. Et cela vaut pour beaucoup, beaucoup de choses dans la vie. L’intention qui sous-tend ce que nous disons et ce que nous faisons oriente d’une manière fondamental le résultat qui s’ensuit.

Ce qui est visé avec la Discipline Positive et la mise en application des principes adlériens, c’est un meilleur fonctionnement des relations familiales parce que le respect mutuel devient ce qui les définit par dessus tout, c’est un apaisement du climat familial grâce à une communication facilitée, des émotions qui trouvent leur place, une pratique intensive de l’encouragement et de la coopération.

Et tout cela ne se fera pas sans effort, affirmer le contraire s’apparente à de la publicité mensongère.
Tout changement nécessite du temps, de la patience, des ratés, des retours en arrière, le besoin de retrouver l’énergie de persévérer… Mais il y a tellement à y gagner.

La baguette magique n’existe pas en matière d’éducation, les résultats bluffants de vos efforts SI.

Une réflexion sur “En matière d’éducation, la magie n’existe pas

  1. Bilis dit :

    Étonnant cet article, j’apprécie le franc-parler lorsque tu donnes ton opinion. Je suis d’accord avec toi sur le fait qu’il n’existe pas de baguette magique car chaque enfant est différent et demande une attention particulière. Cependant si nous entendons parler assez fréquemment d’éducation positive c’est que des parents cherchent des solutions pour donner le meilleur à leur enfant et c’est une bonne chose en soi ! Par contre je te rejoins sur le fait que cela demande beaucoup d’efforts pour réussir l’éducation que l’on veut transmettre à notre enfant et malheureusement certains se lancent dans la quête d’être le parent parfait alors qu’il n’y a pas de médaille pour le meilleur parent car c’est une quête erronée, le principal se situe sur le ressenti de notre enfant, c’est lui le seul juge de notre apport pour son épanouissement. Je suis d’accord avec toi sur plusieurs points mais comme tu le dis, il vaut mieux une pratique intensive de l’encouragement pour les parents qui veulent vraiment s’investir dans leur rôle plutôt que de les blâmer d’essayer une méthode qu’on leur conseille. Merci pour cet article qui met le doigt sur des vérités souvent étouffées ou non dites. À bientôt en attendant ton prochain article !

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