Non, tout n’est pas « positif » et c’est tant mieux.

Optimiste je le suis. Profondément.
Malgré les aléas de la vie, les drames parfois, je le suis et je le reste.
Parce que j’ai foi en la vie, parce que je crois au bonheur qui renaît de ses cendres, même s’il faut se battre, même si cela semble inaccessible au départ.

Par souci de cohérence, j’ai fondé mes choix professionnels et éducatifs sur le « positif » avec la volonté de voir le verre à moitié plein, les forces plutôt que les faiblesses.
Comme un art de vivre, un savoir-être qui se travaille et s’entretient au quotidien.
Par constat de l’évidence aussi : le « négatif » m’use et m’ennuie.
Il vampirise mon énergie, accélère ma fatigue mentale et ternit ce que j’aime.
A chaque fois qu’il me rend visite, j’ai l’impression de perdre autant mon élan que ma créativité alors oui clairement, lui et moi, nous ne sommes pas amis.
Je suis résolument optimiste et pourtant, devant le rayonnage des libraires et une quantité non négligeable d’articles que je vois passer j’ai la désagréable impression d’un « effet Prozac » recherché pour toute une société.

Le mot « positif » est aujourd’hui tellement galvaudé que le sketch de Dany Boon semble devoir passer du rire à la réalité. Incarner le « Je vais bien tout va bien » sinon rien.
Avec – une fois encore – la culpabilité pesant sur nos épaules si ce n’est pas le cas.
Si, par malheur, on a l’air maussade et le sourire absent.
Les réseaux sociaux et leur manière extraordinaire de ne présenter la vie de Monsieur-et-Madame-Tout-le-Monde que sous l’angle des 5 meilleures minutes de leur journée n’arrangent rien à l’affaire.

Pourtant tout n’est pas « positif » et heureusement.
A quoi ressemblerait une vie sans contraire ?
Comment faire l’expérience de ce qu’on aime ou pas si tout est uniforme ?
Comment se sentir vivant dans un monde sans contraste ?
La vie ça pique, ça démange, ça irrite et ça fait mal par moment. Les larmes coulent, c’est sain et ça nettoie.
Se confronter au « négatif », c’est apprendre à savourer ce qui va bien, à se sentir chanceux, à vivre pleinement ce qui nous est offert. C’est faire le tri de l’important.
Le « négatif » nous motive à l’effort, pour quitter l’inconfort qu’il procure avec la perspective de retrouver des sensations agréables, le plaisir et la légèreté.

Oui j’ai fait le choix du « positif » pour ce qu’il a de « constructif ».
Et par cette notion de choix, il y a la décision d’agir.
Le « positif » est un mouvement, non au sens d’une mode mais véritablement le fait d’aller de l’avant, de tendre vers.
On ne peut pas empêcher le « négatif », les erreurs ou les loupés mais on peut décider de ce que l’on en fait. De ne pas ruminer l’échec, le manque, l’absence et tout ce qu’on ne peut pas changer, d’en faire un simple constat aussi objectif qu’il soit avec toutes les émotions qui en découlent, pour avancer. Toujours.
Plus conscient et plus engagé, libéré de quelques peurs au passage, assumant la responsabilité des choix que l’on fait et des raisons pour lesquelles on les fait.

En matière d’éducation aussi, c’est un choix.
Le choix du regard que l’on porte sur l’enfant en tant que personne et du comportement que l’on adopte envers lui dans les « bons » moments comme en période de crises et de tensions.
Le choix de voir dans l’erreur « une formidable opportunité d’apprentissage » comme dit J. Nelsen, de décider du cadre qu’on veut poser en s’émancipant peut-être de celui qu’on a reçu.
De voir dans ses enfants le meilleur d’eux-mêmes à chaque instant, pour qu’ils développent le sentiment « d’être capable » : capable d’essayer ce qu’ils ne maîtrisent pas encore comme d’aller réparer leurs bêtises, de demander pardon et de s’améliorer.

Penser qu’une éducation « positive » est un modèle où l’on se doit d’aller bien et de bien faire tout le temps serait une hérésie autant qu’un risque de se sentir avant tout épuisé, découragé.
Comment revendiquer la place et l’écoute des émotions si on nie d’avance la tristesse, la peur, la colère et j’en passe ?
Comment vouloir développer confiance et estime de soi s’il n’y a qu’un pan de soi qui mérite d’exister ? Si l’expérience se doit d’être réussie avant même d’essayer ?
Le côté obscur de la force n’est pas à négliger, pour tout ce qu’il est capable de nous apporter… positivement parlant.

C’est enfin au « négatif » que je dois le plus positif des cadeaux : la résilience.
Ce sésame qui une fois acquis, conquis, décuple le courage d’oser.
Parce que rien que d’avoir essayé sera désormais une victoire et le chemin parcouru un apprentissage.
Alors oui, dans mon métier comme dans ma vie, je me répète inlassablement cette phrase même quand le doute m’envahit et que rien ne tourne rond : « Qu’est-ce que cela a de positif pour toi ? ».
Avec parfois la peur de la réponse que je trouverai, sur le moment ou bien plus tard , mais avec la certitude que c’est ainsi que je veux voir le meilleur de la vie.

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