« Faire avec » et non « faire pour »

C’est l’un des grands principes éducatifs en Discipline Positive et l’une des clés pour développer chez l’enfant la fameuse « confiance en soi ».

A la base de cette posture parentale se trouve un précepte de R. Dreikurs, qui affirmait qu’à chaque fois que l’on fait à la place d’un enfant ce qu’il aurait été en mesure de faire lui-même, on le prive d’une formidable opportunité d’apprentissage.

Qu’est-ce que cela signifie ?

Tout simplement que c’est en faisant qu’on apprend. Quitte à se tromper.
C’est par l’expérience qu’on appréhende autant la méthode que le résultat, que l’on développe ses compétences et que l’on affine son jugement.
Ce principe est valable à tout âge, adultes compris : pour réussir, il est nécessaire d’avoir eu l’opportunité d’essayer, de s’entraîner et même, d’échouer.

C’est l’image du vélo : on aura beau avoir eu le meilleur pédagogue possible, connaître sur le bout des doigts toute la théorie du monde, il n’y a qu’en prenant le guidon, pédales aux pieds, qu’on saura vraiment en faire.

La confiance en soi vient alors de plusieurs facteurs réunis.
Elle se construit grâce au regard de l’autre, qui nous fait suffisamment confiance pour nous laisser essayer, qui nous pense capable d’y arriver sans aide extérieure.
Elle provient également de la fierté ressentie lorsque enfin, on a réussi – tout seul – à faire quelque chose, quelque part entre Parce que je le vaux bien et Yes We Can.
Car chacune des petites et grandes victoires ainsi obtenues, grâce à ses propres efforts, aux talents que l’on se découvre et aux compétences que l’on acquiert, participe à la construction de l’estime de soi. Du regard que l’on porte sur soi-même et de la considération que l’on reçoit des autres.

Petit pas par petit pas, victoire après victoire, c’est ainsi que l’on développe le sentiment « d’être capable » et l’envie d’essayer – le courage d’oser – ce qu’on ne maîtrise pas encore. Puisque l’on a été capable de ci ou ça, on est sans doute capable de bien d’autres choses encore.

Et pour cela, pas besoin de matériel pédagogique qui coûte un bras : la vie quotidienne offre une multitude d’occasions d’apprendre et de s’entraîner.
A condition de prendre le temps de ces apprentissages-là.
A condition aussi d’avoir le droit de rater et de recommencer.

Car dompter sa couette, dresser ses lacets, maîtriser la pomme de douche ou la bouteille de lait, bref, arriver à ce que tous ces objets du quotidien nous obéissent au doigt et à l’œil demande de l’entraînement et de la répétition. Encore et encore, jusqu’à ce qu’on finisse par y arriver.
Du point de vue de l’adulte, patience et tolérance sont de mise.

Faisons une petite expérience…
Sur une journée, du lever au coucher, que faisons-nous à la place de l’enfant parce-qu’on-n’a-pas-le-temps-non-plus-que-ça-dure-trois-plombes ?
Hop hop hop ! On enfile ses chaussures, on met son manteau et on y va.
Hop hop hop ! On tire la couette, on roule son pyjama en boule sous l’oreiller et on file petit-déjeuner.
Hop hop hop ! On remplit son bol de céréales, on verse du lait et on passe un coup d’éponge sur la table avant d’y aller.
Hop hop hop ! On se déshabille, on va sous la douche et on enfile son pyjama.
Etc. Etc.

De même, quelles phrases avons-nous déjà prononcé (ou pensé) concernant notre/nos enfant(s) ?
« Qu’est-ce qu’il/elle est lent(e) ! Quoi qu’il/elle fasse ça prend un temps pas possible. »
« Il/elle est d’une maladresse ! Si je le laisse faire il/elle va tout renverser. »
« Faut voir ce que ça donne quand c’est lui/elle qui range. »
« Si je le laisse nettoyer tout seul ça sera pire encore après. »
« Il ne faut pas qu’il/elle le fasse tout(e), il/elle va s’en mettre partout. »
« Si je veux que ça avance, il vaut mieux que je le fasse moi-même. »
« Si je le/la laisse faire, je ne suis pas vraiment rassurée quant au résultat. »
« Si je commence à attendre que chacun ait fini de se déshabiller, de se laver, de mettre son pyjama, je n’ai pas fini. »
« Vivement qu’ils soient couchés pour avoir un peu de calme. »
Avec selon le degré de débrouillardise de chaque enfant, d’agilité et de concentration, des craintes légitimement fondées.

Toutefois, rétrospectivement, si on avait eu tout le temps devant soi, si on gommait d’un coup de baguette magique les contraintes du quotidien, qu’est-ce que notre enfant, notre ado, aurait-été en mesure de faire tout seul ?

L’exercice n’est pas simple car il vient parfois bousculer un rythme installé et des habitudes bien ancrées.
Pourtant, si on se donne la peine d’y songer, de diviser la journée en moments-clés en notant, étape par étape, tout ce que l’enfant pourrait faire lui-même, il y a beaucoup à gagner.
Ne plus faire « à la place de », c’est aussi apprendre à déléguer. A se délester de tout un tas de petites actions consommatrices d’énergie alors que son enfant ne demande qu’à montrer qu’il est assez grand pour y arriver.
En faire moins pour transmettre plus, sympa non ?

Oui mais comment savoir si mon enfant est assez grand pour y arriver ?
Comment distinguer ce qu’il peut vraiment faire seul de ce qu’il ne peut pas ?

Un premier indice consiste à identifier si, pour pouvoir réaliser une tâche donnée, nous pouvons facilement la décrire (donner oralement les consignes) et montrer l’exemple ou si des pré-requis sont nécessaires (savoir lire, compter, atteindre une certaine taille, avoir suffisamment de forces, avoir la notion du temps, …).

Un second indice revient à identifier quelles peurs entrent potentiellement en jeu dans notre appréciation du savoir-faire.
Notre enfant est-il en sécurité en faisant ceci ou cela par lui-même ? Craignons-nous pour lui, pour nous, ou pour l’état du sol de la salle de bain, les murs de la cuisine, ses vêtements, notre vaisselle … ?

A chaque parent, à chaque éducateur, de voir où placer la limite, ce qu’il est en mesure d’accepter, en gardant en tête les avantages à ce que l’enfant soit capable de se débrouiller, même s’il faut d’abord s’entraîner.

Se voir confier des missions du quotidien en fonction de son âge (mettre la table, mettre ses vêtements sales dans le panier à linge, débarrasser, …), c’est par ailleurs – au-delà de l’autonomie – apprendre à participer au vivre ensemble, c’est prendre part à la vie de la famille et au bon fonctionnement de la maison.
Considérer son enfant « suffisamment grand pour », c’est l’aider à développer son sentiment d’appartenance et de contribution.

C’est lui montrer qu’il compte dans la famille, qu’il a sa place, qu’il est utile, qu’on compte sur lui, qu’on a besoin de lui.

Il y a enfin besoin d’y aller par étapes, afin de ne pas se décourager de part et d’autre et d’éviter de générer des conflits (déléguer certaines tâches, ce n’est pas s’en créer d’autres!).
Ce qu’on oppose à « faire pour » n’est en effet pas « laisser faire » mais « faire avec ».
Le principe reprend la méthode en 3 temps initiée par Maria Montessori et reprise depuis par tant d’autres :
1 – L’adulte nomme et montre, l’enfant observe.
2 – L’adulte nomme et implique l’enfant qui à son tour montre, manipule, essaye.
3 – L’enfant fait tout seul.

On a souvent tendance à penser l’enfant « trop petit ».
Or dès 2 ans, parfois plus parfois moins, il est capable de bien des prouesses lorsqu’il s’agit d’aider, de participer. Le tout est de s’adapter à son âge et de l’aider à « être en capacité de ».
Mettre la table, c’est poser les assiettes à 8 ans et les cuillères à 3.
S’habiller tout seul c’est enfiler son slip, puis son pantalon, etc. jusqu’à savoir mettre ses chaussettes et son T-shirt à l’endroit.

Et à chaque effort encourager. Pour motiver, donner le goût de l’effort et attiser la curiosité.
Et remercier.
Un « Merci de m’avoir aidé » ou « Merci d’avoir… » réchauffe le cœur bien plus profondément qu’un « Bravooooo » sur un ton suraigu. J’y reviendrai une prochaine fois.

« Faire avec » et non « faire pour », c’est expliquer à son enfant qu’on est là, qu’on ne le lâche pas. Qu’il peut compter sur notre soutien et notre aide au besoin mais qu’on le sait capable d’y arriver sans nous parce qu’il a en lui toutes les capacités nécessaires.

C’est aussi penser notre rôle de parent – notre propre utilité – au regard de tout ce qu’on peut transmettre et enseigner à nos enfants pour qu’ils prennent un jour leur envol aussi équipés pour la vie que possible, et non au travers de tout ce qu’ils ne peuvent pas et ne pourront jamais faire sans nous.

Car s’ils savent qu’ils trouveront toujours auprès de nous confiance et encouragement, ils auront assurément toujours besoin de nous.

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