L’accompagnement parental ? #cestquoitonjob

NB : Un grand merci à Alice pour cet entretien dans le cadre de son mémoire et pour m’avoir permis de publier notre échange.

Parler éducation, problèmes et solutions avec les parents.. Vous êtes une sorte de « Super Nanny » en fait ?

Oh non ! Pas du tout ! Déjà parce qu’il est important pour moi que l’échange avec le(s) parent(s) ait lieu « en terrain neutre », hors des murs de la maison.
Je suis là pour permettre aux parents de « vider leur sac », de prendre soin d’eux et de (re)prendre confiance en eux afin de trouver des solutions là où pour le moment, ils ne voient pas comment faire et semblent dans l’impasse.
Avec ce sentiment récurrent « d’avoir tout essayé » sans que rien ne marche sur le long terme.

Pour ça, le point de départ est bien souvent de s’autoriser à en parler. De déculpabiliser face à ce qu’on vit, ce qu’on ressent ou ce qu’on pense pour pouvoir, ensuite, prendre du recul, aborder la situation sous un angle nouveau et explorer différentes pistes.
Pour « sortir d’un schéma existant » qui ne nous conviendrait pas, il me semble important de « sortir physiquement » de l’endroit qui cristallise les tensions.
Et puis, j’ai à cœur de créer un espace confortable et accueillant où les parents se sentent bien. Ce doit être une pause qu’ils s’accordent dans leur quotidien.

Comment définiriez-vous « l’accompagnement parental » que vous proposez ?

Mon métier consiste bien plus à aider les parents à se reconnecter avec leurs ressentis, à s’écouter et à se faire confiance qu’à leur dicter la conduite à tenir.
Je ne connais pas leurs enfants, je ne connais pas non plus leurs parents et l’éducation qu’ils ont reçue, ni la relation qu’ils ont avec leur conjoint et surtout, je ne suis pas là au quotidien. Qui suis-je pour leur dire ce qu’ils devraient faire ?
Il n’y a pas de recette miracle. Il y a des solutions, des explications à certains comportements, des moyens de faire bouger des lignes. Il y a des choses à tester et à ajuster pour trouver ce qui nous correspond vraiment, ce qui répond à nos attentes de parent.
Mon rôle consiste à les écouter, à entendre leurs questions, leurs doutes, leur ras-le-bol, leurs inquiétudes, leurs aspirations. A comprendre, par exemple, la place que chacun occupe dans la famille, les modes de communication et le fonctionnement des interactions familiales. Il s’agit d’appréhender tout l’écosystème dans lequel s’inscrit le lien parent-enfant afin d’agir là où cela semble nécessaire.

Comment expliquez-vous que de nos jours, il y ait besoin de tout ça pour être parent ?

Il n’est pas question « d’apprendre à être parent ». Depuis la nuit des temps, les parents se débrouillent par eux-mêmes et la preuve en est que la survie de l’espèce a été assurée !
Pour autant, on n’a eu de cesse – légitimement – d’une génération à l’autre, de faire avec les modèles qu’on a eus (en les reproduisant ou en s’y opposant farouchement), avec les repères qu’on nous a transmis alors qu’en parallèle, la société évoluait. Et plus que jamais depuis ces vingt dernières années.
Il ne s’agit pas de se lancer dans d’interminables comparaisons entre avant et maintenant, de juger du mieux et du moins bien mais d’orienter le raisonnement en termes de résultats attendus et de fonctionnement : par rapport à ce que je recherche, aux relations familiales que je souhaite sous mon toit, au parent que j’ai envie d’incarner, qu’est-ce qui fait sens ? Qu’est-ce qui ne fonctionne pas et quelles sont les alternatives ?
Qu’est-ce qui peut m’apporter ce que je recherche et comment je le mets en place ?

Le modèle issu de mes parents me permet d’avoir la relation que je souhaite avec mon enfant ? Il n’y a pas de raison d’en changer !
Par contre, si j’ai envie de m’en détacher sans savoir comment faire différemment, si je ne me sens pas à l’aise avec le parent que je suis, si je subis plus que je ne m’épanouis, oui je suis en droit de vouloir du changement.
Il n’y a pas de fatalité, pas de raison de supporter une parentalité qui ne nous convient pas.

C’est une question d’époque alors ?

Un enfant est livré sans mode d’emploi, sans application mobile. Ça change de nos habitudes ! Je dis cela en souriant bien sûr, mais pas tant que ça.
C’est toute une façon de vivre que nous avons à travers nos modes de consommation, nos vies professionnelles, la technologie à laquelle nous avons accès. Nous sommes habitués à l’immédiateté, à l’instantanéité des réponses et des solutions cherchées.
Les relations humaines ne sont heureusement pas une science exacte, c’est ce qui fait leur richesse et toute leur complexité. Il n’y a pas d’autre moyen de « comprendre l’autre » que d’aller à sa rencontre et de prendre le temps de découvrir qui il est.

Or aller à la rencontre d’un enfant, c’est aller à la rencontre de quelqu’un « en devenir », qui se construit jour après jour, devant nous et à travers nous… Il y a de quoi avoir les idées embrouillées par moment !
C’est comme le paradoxe des rayonnages entiers de livres sur la parentalité : à la fois, on a accès à une matière incroyable pour trouver des réponses aux questions que l’on se pose (enfin) et en même temps, il y tellement d’informations à disposition que naissent tout un tas de questions avec le côté anxiogène qui en découle : Ai-je bon ? Ai-je faux ? Est-ce que je fais bien comme-ci ou mal comme-ça ?
Au milieu de tout cela, comment se faire simplement confiance ?

Ce n’est pas votre profession d’origine… Comment êtes-vous venue à l’accompagnement parental ?

De deux manières, je dirais. Par constat, en devenant maman.
Et à la suite de mon histoire personnelle sur le chemin de la parentalité.
Le constat, je l’ai vécu et je l’ai vu avec d’autres parents autour de moi.
Une fois que l’on devient parent, il n’existe pas d’interlocuteur identifié pour poser – et se poser – des questions en matière d’éducation, parler des retranchements dans lesquels nous poussent nos enfants, des limites auxquelles on est confronté, des cogitations, de la fatigue et des émotions fluctuantes qui vont avec.
On se confie aux copains qui ne sont en général pas plus avancés que nous, à nos parents avec le risque du flot de conseils d’antan, aux collègues à la machine à café en essayant de gérer notre degré de culpabilité du parent imparfait.
A part un psychologue, ni la sage-femme ni le pédiatre ne sont destinés à écouter vos états d’âme alors que de votre bien-être dépend celui de vos enfants. A la responsabilité de les élever s’ajoute alors celle d’être suffisamment en forme pour y arriver.
Je me suis intéressée à la Discipline Positive car j’ai trouvé beaucoup de réponses à travers le livre et les ateliers et surtout, des partages d’expérience et des discussions que je n’avais pas réussi à avoir jusque-là. J’ai eu envie d’approfondir la psychologie adlérienne qui est à l’origine de tout cela, alors je me suis formée et suis toujours en formation continue depuis.

A tout cela s’est ajouté mon histoire personnelle. Celle d’années éprouvantes en PMA et du deuil périnatal. Des épreuves qui m’ont confrontée à la définition même de la parentalité je dirais, au pourquoi et au comment devient-on parent. Mes enfants pourront me reprocher un tas de choses à l’adolescence mais pas de ne pas avoir été désirés ! J’ai des preuves !
Plus sérieusement, j’ai eu la chance d’être entourée de professionnels bienveillants qui m’ont prouvé qu’en étant soutenue et écoutée, on pouvait surmonter bien des obstacles, trouver des solutions pour aller de l’avant. J’ai eu envie d’ouvrir ces espaces d’écoute bienveillante et de partage aux situations du quotidien, sans forcément connaître un drame pour avoir le droit de comprendre qui on est et ce qu’on veut en tant que parent au plus profond de soi. J’ai continué de me formée pour cela.

A quoi ressemble une séance ?

Je suis coach professionnelle certifiée, mon approche est donc celle du coaching : faire l’état des lieux du présent, réfléchir au futur souhaité et identifier les moyens de parcourir la distance entre les deux. En toute confidentialité.
Je ne suis pas psychologue ni thérapeute. Je ne creuse pas les méandres du passé, je ne suis pas là non plus pour juger mais pour dire « OK c’est comme ça aujourd’hui et vous aimeriez que ce soit plutôt comme cela demain, alors on fait quoi pour y arriver ? ».

Ensemble, par le questionnement, on chemine pour que vous puissiez transformer vos souhaits en actions concrètes, faire des choix si nécessaires, en conscience et de manière éclairée.
Encore une fois, je ne suis pas là pour dicter une méthode toute faite ou savoir à la place d’un parent ce qui serait le mieux pour son enfant. Nous allons là où vous acceptez d’aller. Lorsque certaines situations perdurent sans solutions apparentes, j’apporte un regard extérieur afin d’aborder les choses sous un autre angle, que l’on ne voit pas forcément en ayant la tête dans le guidon.

Que peuvent attendre des parents de ce type d’accompagnement ?

Premièrement, je l’espère, de l’apaisement. Et un peu de légèreté retrouvée aussi, en ayant l’occasion de vider ce qui pesait trop lourdement sur le cœur et dans la tête.
Ensuite, même si je suis là pour aider chaque parent à trouver ses propres solutions, j’ai à cœur de transmettre ce ce que je sais utile et aidant.
Le coaching, la Communication NonViolente et la Discipline Positive offrent une palette d’outils pratiques, à adapter selon les situations.
Des trucs et astuces à tester à la maison pour voir ce que ça donne (une façon de faire peut convenir à un enfant et pas à l’autre), pour voir aussi ce qui nous convient, ce avec quoi on se sent à l’aise (certains parents préféreront des outils concrets d’autres laisser libre court à leur créativité).

Une chose est sûre, on va aller creuser les ressentis.
Concernant ce que l’enfant a dans la tête, la raison de tel ou tel comportement, on ne peut qu’émettre des hypothèses en réfléchissant aux événements récents, en tentant de se mettre à sa place. Et c’est déjà un point important ! Mais on pourrait parler des heures sur des « Et si ?… ».
Mon travail est vraiment tourné vers le parent, ce qu’il ressent et les réactions que cela provoque en retour face à l’enfant. En partant des ressentis du parent, on met des mots sur du concret. Peu importe que cela relève du « subjectif », c’est là et cela conditionne nos pensées, nos manières d’agir et de réagir. Alors on part de ce constat et on voit ce qu’on en fait pour les changements à venir.

Une conclusion ?

La parentalité est une aventure singulière qui bouscule vos convictions et vous pousse bien souvent dans vos retranchements, en heurtant au passage vos limites personnelles.
Ce n’est pas parce que vous n’y arrivez pas ou que vous n’aimez pas vos enfants que vous rêvez parfois de tout plaquer pour partir sur une île déserte, vous ÊTES simplement parent !
Par ailleurs, c’est parce que c’est une expérience aussi remuante et éprouvante que le bonheur et les moments de plaisir qu’elle est capable d’apporter sont si intenses et si magiques. C’est ça qui vaut la peine de se remettre en question continuellement et d’essayer.
Il n’y a pas de raison de se dire que les moments heureux en famille, avec des parents sereins et des enfants qui coopèrent, c’est uniquement pour les publicités du petit-déjeuner ou chez le voisin ! Le chemin à parcourir sera plus ou moins long d’une famille à l’autre mais chaque parent à en lui toutes les capacités pour y arriver.

L’objectif est de se sentir mieux dans son rôle de parent, non pas en devenant le parent parfait ou celui décrit dans tel ou tel bouquin, mais parce qu’on arrive à devenir le parent qu’on a envie d’être.
La notion de temps est importante également. Changer soi-même, comme changer les habitudes en place prennent du temps.

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