Chronique d'un parent confiné #1

Je lis qu’elles sont heureuses, ravies, remplies de gratitude d’avoir tout ce temps inattendu à la maison auprès des enfants.

Je lis que c’est un cadeau, une chance de les voir grandir au quotidien.

Je lis que ce rôle de maîtresse improvisée les amuse, qu’il est gratifiant d’être dans cette posture de transmission de connaissances, qu’elles découvrent une autre manière de partager.

Je lis qu’ils font ensemble plein d’activités manuelles et de jeux de société, qu’elles redoublent de créativité parce qu’il y a tellllement de choses à faire autres que les écrans.

Je lis qu’il est bon de retrouver du temps pour lire, prendre un thé, regarder un vieux film.

Je lis que c’est le moment de se mettre au yoga, de trier ses vêtements inutiles, de tester de nouvelles recettes de cuisine.

Je lis qu’on peut même s’improviser un apéro en visio avec les copains et tchin ! à travers l’écran.

Les larmes viennent. De fatigue, de nervosité ou de culpabilité, je ne sais plus trop.

Sans doute d’un peu de tout ça à la fois.
Mes nuits sont toujours hachées, depuis 14 mois.
Je traite les 68 mails de ma journée entre 21h et minuit, avant le biberon de 3h.
Je suis debout à 6h50.

La journée je profite des 40 min de sieste ou du temps de lecture silencieuse du grand pour passer les coups de fil urgents.
J’ai besoin de calme pour me concentrer et être productive, je n’en trouve que la nuit, et encore.

J’improvise les repas avec de moins en moins de motivation, j’ai l’impression que l’espace-temps entre chaque dressage de table est de plus en plus court.
Le mojito-cahuète avec d’autres adultes me fait rêver et me semble si loin, aussi virtuel puisse t-il être.

Le couple trinque lui par contre.
De ces « vacances improvisées en famille », je constate surtout qu’on se passe les enfants à tour de rôle. On se croise afin que chacun puisse télétravailler de son côté en résistant autant que possible à l’envie de leur laisser la « télé » pour qu’on puisse garder notre « travail ».

Il paraît que ça va durer des semaines comme ça… J’ai peur de ne pas tenir ce rythme bien longtemps même si je me dis que je n’ai pas le choix.

Pourquoi je ne partage pas leur enthousiasme et leur joie ? Pourquoi ai-je le sentiment d’être coincée là, privée de mes collègues, de mes clients, de mes pauses et du sentiment du travail accompli.

Je culpabilise sans cesse. Je les aime pourtant, je les aime tellement. Mais là je ne m’y retrouve pas. Je ne me retrouve pas. Ce n’est pas MON équilibre.

Récit de Victoria

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s