Parler de sexualité avec mon enfant, en quoi c’est important ?

Parler de sexualité avec nos enfants / ados à de quoi nous mettre mal à l’aise, en venant titiller nos propres tabous (personnels et sociétaux) ainsi que nos limites à verbaliser et formuler de « justes » explications.

Le sujet est d’autant plus vaste et complexe à aborder qu’il touche à beaucoup de notions et de valeurs fondamentales : le respect de soi, de son corps, le respect de l’autre, le respect des différences, la notion de consentement, d’intimité, … Or c’est bien tout ce que la sexualité évoque et englobe qui en fait un sujet d’autant plus incontournable auprès de nos enfants si nous voulons les aider à grandir et les protéger.

OK… Mais comment fait-on pour en parler ? On dit quoi, comment et à quel âge ?

Parce qu’il n’y a pas de réponse toute faite et pour faciliter le dialogue avec notre progéniture, il me semble avant tout important d’éclaircir certains points qui j’espère, vous aideront à ne (presque) plus craindre la question.

Parler de sexualité avec nos enfants, c’est les aider à accepter et comprendre leur corps.

En osant mettre des mots (et des vrais) sur ce dont on parle, nous permettons à l’enfant de mieux connaître son corps et comment il fonctionne. Et ce dès tout-petit.

Si les explications sont à adapter en fonction de l’âge de l’enfant – tant dans le vocabulaire utilisé que les détails donnés – cela n’empêche pas très tôt de donner à l’enfant un vocabulaire suffisant pour poser des mots sur ce qui est et ce qu’il vit, sans chercher à utiliser à tout prix des métaphores et des mots « pour bébé » qui risquent parfois d’engendrer plus de confusion.
Finalement, en quoi pénis, vulve, seins, érection serait plus gênant que « zizi », « zézette », « nénés », « petit oiseau debout » pour un enfant qui cherche simplement à nommer des parties de son corps et des phénomènes qu’il constate ?

Or plus l’enfant s’appropriera son corps et les sensations qui y sont liées, plus il sera à même de comprendre ce qui lui est propre et personnel, de définir ce qui relève de son intimité et de ce qui lui appartient, d’appréhender les limites qu’il ne peut pas franchir et que les autres n’ont pas le droit de franchir avec lui non plus.

Derrière la question « Comment on fait les bébés ? », l’enfant ne cherche pas à savoir comment on fait l’amour mais comment il est venu au monde.

Lorsque la question surgit (celle-là ou une autre), l’un de nos réflexes naturels est de projeter dans la réponse attendue nos images et nos connaissances d’adulte. Or bien souvent, ce que l’enfant cherche à savoir est bien loin de nos considérations sexualisées.

Quand l’enfant essaye de comprendre d’où il vient et comment il a pu naître sur cette Terre un jour, le fait de savoir qu’une « graine de papa » appelée spermatozoïde mélangée à une « graine de maman » appelée ovule donne une « graine de bébé » appelée embryon qui grandit de plus en plus dans le ventre peut très bien lui suffire ! Certains auront au contraire besoin d’explications complémentaires et de comprendre comment ces graines se rencontrent.

Au moment d’hésiter (voire de paniquer) face à une question qui nous déstabilise, intéressons-nous d’abord à ce qui génère cette question et ce qu’elle signifie pour l’enfant.
Quel est le sens de sa question ? Qu’est-ce qui fait qu’il se pose cette question ?
En osant lui demander directement. Cela permettra notamment de comprendre où en est l’enfant dans sa réflexion, ce qu’il sait déjà ou ce qu’il y a besoin de « rectifier/ajuster » par rapport à ce qu’il s’imagine et pensait avoir compris.

Pensons également, une fois la réponse apportée, à lui demander comment il la reçoit : « Qu’est-ce que tu en penses ? », « Qu’est-ce que tu ressens quand je te dis ça ? », afin d’éviter que des craintes ou des incompréhensions demeurent.

L’enfant curieux et en éveil, qui cherche à savoir et a besoin de comprendre, ira trouver une réponse.

Films, affiches, publicités, internet, … L’évocation de la sexualité est omniprésente autour de nous.
Qu’on le veuille ou nous, l’enfant y est confronté de manière explicite ou inconsciente. Lorsque des questions s’éveillent en lui, qu’elles correspondent aux réflexions de son âge ou soient liées à ce qu’il a perçu autour de lui, naît avant tout pour lui le besoin comprendre, de donner du sens à des images ou des pensées.

Si nous ne sommes pas en mesure de lui apporter l’éclairage nécessaire pour nourrir sa compréhension de lui-même et du monde qui l’entoure, il ira chercher la réponse qui l’aidera et le rassurera ailleurs… Avec le risque notamment d’aller la trouver sur internet, YouTube & co, auprès des copains qui eux-mêmes ne savent pas très bien de quoi ils parlent, auprès des grands frères et grandes sœurs des copains qui n’auront pas forcément les mots adaptés, auprès d’autres adultes sans que vous ayez la main sur ce qui a été dit et comment cela a été dit.

Arriver à répondre nous-mêmes à nos enfants et à parler de sexualité avec eux, c’est « avoir la main » sur les éléments de réponse qu’on leur apporte, c’est choisir le vocabulaire qui convient à leur âge et leur niveau de connaissance sur la question.

C’est aussi tisser un lien de confiance, où l’enfant / ado sait que nous serons là pour lui s’il a besoin de comprendre ce qu’il ressent et ce qu’il vit et où nous, parents, continuons de partager avec discrétion les moments importants du développement de notre enfant.

Si nous sentons que nos mots ne suffisent pas ou que nous ne nous sentons pas capables de répondre, donnons-nous le droit de décaler la réponse à la question.

Pour autant, lorsque la question nous déroute ou nous met mal à l’aise, on peut se donner le droit de décaler sa réponse.
En expliquant à l’enfant que sa question est importante, qu’on souhaite lui apporter une réponse juste et que pour cela, on a besoin d’un peu de temps avant de répondre (le temps de chercher ou vérifier certaines informations, de trouver quelqu’un qui saura mieux lui répondre que nous, …)

Qu’il s’agisse de prendre conseils auprès de notre entourage déjà passé par là, de lire quelques articles sur le sujet ou encore de trouver des livres comme support de discussion avec l’enfant, assouvir sa curiosité et sa soif de comprendre ne veut pas forcément dire à la minute.
Donnons-nous le temps d’être à l’aise avec ce que nous allons dire et de choisir comment nous allons le dire. Y compris si nous préférons passer le relais à une personne ressource autour de nous (grand-parent, ami.e, cousin.e, …) que nous savons plus à même d’apporter à l’enfant ce dont il a besoin.

Car à travers notre regard fuyant, nos mots hésitants et nos explications évasives, l’enfant sentira notre malaise sans forcément le comprendre.
A t-il dit quelque chose de mal en nous posant cette question ? Y a t-il quelque chose d’inquiétant dans le sujet qu’il aborde pour que nous soyons tout à coup si gênés ?

Sa question au départ « anodine » peut tout à coup l’inquiéter plus que nécessaire à voir notre réaction et à interpréter comme il le peut ce que nos émotions et nos silences expriment.

Parce que parler de sexualité, c’est aussi (et surtout) parler d’amour.

Cantonner la sexualité aux mises en garde contre tous les risques potentiels (MST, pédophilie, grossesse, abus, …) ou aux cours de SVT sur la reproduction serait tristement réducteur. Replacer l’amour et les sentiments au cœur de la sexualité, c’est aussi protéger l’enfant/ado en lui apprenant à prendre pour repères dans ses décisions et dans ses choix ce qu’il ressent.
C’est aussi l’occasion de déconstruire une certaine vision de la sexualité qu’il s’est peut-être construite en ayant déjà été en contact avec des images pornographiques.

Lors du « Safer Internet Day », mardi 9 février 2021, le Secrétaire d’Etat en charge de la Transition Numérique, Cédric O, rappelait qu’ « à 12 ans, près d’1 enfant sur 3 a déjà été exposé à la pornographie ». Le gouvernent a d’ailleurs mis en place une plateforme d’informations à destination des parents visant à protéger les enfants de la pornographie sur Internet : www.jeprotegemonenfant.gouv.fr.

Or la sexualité à la lumière du porno, c’est avant tout beaucoup de trucages vidéo, de montage, d’acteurs – d’actrices notamment – n’ayant pas forcément choisi d’être là ni accepté librement ce qu’on allait leur faire. L’ado qui prend la pornographie pour référence à la construction de sa propre sexualité vit dans un imaginaire où le respect de soi et le respect de l’autre sont effacés, où l’acceptation de son corps tel qu’il est – et non maquillé ou retouché – a disparu.

Parler de sexualité avec nos enfants / ados n’est pas chose facile mais c’est un moyen concret de les aider et de les protéger, de développer leur conscience d’eux-mêmes et leur libre arbitre, de placer le respect au cœur de toute relation et de leur transmettre des valeurs qui nous sont chères.

Pas besoin pour cela de long discours ou de discussion formellement posée, se saisir des opportunités du quotidien et de leurs questions suffit à aborder, à leur rythme et aux nôtres, les différentes notions dont ils ont besoin.

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